Recit MAP 2015

Posted by on juin 13, 2015 in Uncategorized | No Comments

La saison continue et les courses s’enchaînent.

C’était au tour du Trophée Marie-Agnès Perron la semaine dernière, 220 Milles en solitaire au départ et à l’arrivée de Douarnenez.

C’était bien mal parti pour moi, à la barre de mon fier Ofcet 6,50. En effet la procédure de départ impliquait de partir sous spi, et pour la première fois depuis que j’ai commencé la course, je grille le départ ! De peu, mais grillé quand même, m’obligeant à affaler le spi, remonter sur la ligne au près, et repartir à nouveau quand les concurrents se font la malle… Me voici bon dernier ! La chance me sourit quand même un peu dans la baie de Douarnenez, car les conditions y sont compliquées et le vent faible. Ainsi, le gros de la flotte, en longeant les falaises, subit les aléas des dévents. Je prends un peu plus large et bénéficie d’un vent « plus propre ». Arrivé au Raz de Sein j’ai déjà remonté une moitié de la flotte… ouf ! Car le piège des dévents se révélait particulièrement coriace et cruel ce jour là : Damien Cloarec et Jonas Gerkens habitués à tenir les avants postes y ont perdu quelques plumes, ne pouvant se dégager pendant de nombreuses heures et accusant près de 20 Milles de retard en passant le Raz de Sein…. Dur dur !

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A ce moment-là, même si on a une petite pensée pour eux, il faut rester concentré et remettre la compassion à plus tard. De mon côté il s’agit de continuer à rattraper ce mauvais départ. La navigation devenait alors agréable sous spi pour descendre la baie d’Audierne et tirer des bords au vent arrière en direction de l’Archipel des Glénans. Belle occasion pour tester un nouvel artifice à bord : l’écarteur d’écoute de spi. Cet outil demande beaucoup de mise en place pour un gain que je cherchais à évaluer, ce qui n’est jamais facile. Sans trouver vraiment, ni un gain ni une perte à ce dispositif, l’exercice a le mérite de me faire travailler et de me concentrer sur la marche du bateau. Il fait beau, la mer est belle…. qu’on est bien en mer sur nos beaux bateaux! Tanguy, Julien et Benoit ont fait un petit trou : ils sont tous petits sur l’horizon, quelques trois milles devant moi… patience patience.

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A l’approche des Glénans, la nuit tombe et je me sens fatigué. Il est donc l’heure de s’essayer à la sieste, par tranche de 10 minutes. J’aperçois des éclairs au sud, signe d’une remontée d’air chaud venant d’Espagne que le météorologue de la course nous a mentionné lors du briefing… dommage on était si tranquilles ! Dernier petit empannage au sud des Glénans et Cap sur l’ile de Groix quand le vent accélère. La vitesse augmente, c’est fini la croisière ! Je cherche mon ciré : Oups je l’ai oublié ! Ça c’est pas sérieux du tout,et je m’en veux à mort ! Je me raisonne en me disant que la course va être courte et que c’est l’été….. l’orage se rapproche et j’ai du mal à tenir mon bateau qui navigue sous grand spi : L’étrave s’enfonce dans les vagues, signe que je porte trop de toile… Allez allez on ne s’endort pas à la barre : il faut régler le pilote et manœuvrer les voiles : quelques 15 minutes plus tard et après avoir tiré sur les cordages, me voilà sous spi médium, et deux ris dans la grand voile. C’est nettement mieux ! Le bateau est content et le skipper aussi…. ça bombarde avec tout le confort possible (excepté le ciré qui n’aurait pas été superflu)! Le bateau fait des pointes à plus de 12 nœuds et semble voler sur l’eau… c’est le pied ! Du coin de l’œil je vois des feux de tête de mât sur mon bâbord, ce sont les feux de mât d’un petit groupe de bateaux que je suis en train de doubler. Sans doute sont-ils en train de réduire la toile ou se sont-ils fait surprendre par le vent forcissant et calment le jeu. Je n’y prête pas trop d’attention, mon objectif se maintenant sur les quatre feux droit devant : Tanguy, Benoit, Rémy et Julien. Je les imagine sur leur bateau et ceux-ci ne sont sûrement pas en train de lever le pied ! Alors à fond à fond, on continue d’avancer le plus vite possible ! Ma trajectoire autour de l’ile de Groix laisse à désirer, mais Julien est à portée d’étrave et Rémi sur son pogo 3 n’est pas si loin….

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Plus que quelques milles sous spi avant d’enrouler le phare des Birvidaux, et c’est alors une autre histoire qui commence car il s’agit de remonter contre le vent : ça va moins vite mais c’est l’occasion aussi de travailler cette allure qui n’est pas ma tasse de thé ! Finalement ça ne se passe pas si mal. Je me dis que c’est peut être le travail avec Tanguy Leglatin notre coach qui porte ses fruits, ou les modifications de voiles faites avec le voilier…. Sûrement un peu des deux. Il s’agit maintenant de soigner la tactique et de tirer les bons bords. Le but du jeu est d’essayer d’exploiter les petites rotations du vent qui auront lieu au cours de la journée afin de parcourir le moins de route possible. Et si parfois à ce jeu là, je « tricote un peu à l’envers », je me débrouille plutôt bien cette fois-ci. Mais j’ai les méninges qui chauffent. Car si les grandes lignes me semblent claires, il s’agit d’affiner le timing…. D’autant que les copains de devant n’ont pas l’habitude de naviguer au petit bonheur la chance. Il faut pourtant essayer de créer de petits décalages pour espérer les doubler, c’est à dire ne pas suivre leurs traces ! De retour vers les Glénans je suis presque bord à bord avec Julien qui navigue lui aussi sur un Ofcet. C’est sympa de se retrouver et de former le « team Ofcet ». Mais nos routes se séparent quand je prends un risque en abattant un petit peu pour passer à l’Est des Glénans. Drôle d’idée quand on est au louvoyage que d’envoyer le gennaker (on cherche à monter une montagne en raquettes et je chausse les skis pour redescendre un peu….). Mais ce petit coup m’apporte de la réussite, car je double Rémi parti trop à droite du plan d’eau et Julien resté trop à gauche ! Ça me donne un bon coup de booste au moral.

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Nous sommes alors à 30 milles de la marque au vent du parcours : la bouée de la Chaussée de Sein dite « l’Occidentale ».

Petit bilan avant d’attaquer la 2ème nuit : parti dernier la veille, me voici derrière les deux premiers bateaux de la jauge série… une belle remontée en somme !

Mais je suis aligné derrière eux et ce n’est pas la peine d’espérer les doubler en vitesse pure, ils sont trop loin et aussi rapides que moi. Ils n’ont pas l’air non plus disposés à me dérouler le tapis rouge et me laisser gentiment passer.

Le vent souffle pour 20 nœuds et la mer est formée. Je n’ai toujours pas de ciré et décide de passer mon temps à l’intérieur, à l’abri des embruns ! Je vérifie sur l’AIS (système électronique permettant de visualiser les bateaux à moins de 10 milles de distance… en clair c’est ma télé !), que les écarts entre les bateaux restent stables, et je dors un maximum!Après plusieurs siestes de 20 minutes, je suis surpris de voir sur mon écran que Tanguy et Benoit ont viré de bord et remontent bâbord amure vers le Raz de Sein…. Une opportunité ?

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L’excitation est instantanée ! Le groupe de trois bateaux, Rémy Julien et moi continue vers l’Ouest…. Le suspens va durer plusieurs heures pour savoir qui du groupe de l’Ouest ou du Nord sortira gagnant. Vers deux heures du matin le verdict tombe, le vent bascule sur notre gauche…. C’est très bon ça, voir excellent pour nous ! Il est donc temps de virer pour remonter vers la bouée…. Les yeux rivés sur mon AIS j’ai du mal à en croire mon écran qui m’annonce que nous allons croiser devant Tanguy et Benoit…. Le cœur s’accélère, et l’esprit divague : je me demande si je suis le seul à me prendre de tels coups d’adrénaline durant les courses? On m’a bien expliqué qu’il faut avoir un moral stable, maîtriser ses émotions. Mais de mon côté je passe d’émotions positives et négatives plusieurs fois par jour voir par heures. Des fois tout mon corps se crispe et se tend, comme à ce moment où je prends la tête de la course, le cœur palpite…. Peut être est-ce une maladie que d’aimer la compétition ? J’essaie de me raisonner, de respirer, de réfléchir…. Je m’applique à regarder devant et non derrière…. Mais la tête se retourne toute seule !

Il y a pourtant une manœuvre à exécuter dans les minutes à venir : réaliser les derniers virements de bord aux bons endroits pour passer juste à côté de la bouée et minimiser la route parcourue. Ce n’est pas évident car il fait nuit, que la fatigue est là, que la mer devient vraiment agitée et que le courant y est puissant, modifiant les trajectoires de nos bateaux…. Il faut s’adapter ! A la bouée c’est un envoie de spi… oui mais lequel ? Le grand spi, le spi médium, le gennaker même ?! Les neurones s’agitent : il faut connaître la vitesse du vent, sa direction, la direction vers la prochaine marque, et estimer les changements de conditions qui nous affecteront dans l’avenir proche. Une addition à terre prend quelques secondes, mais dans ces moments je dois m’y reprendre à plus d’une fois pour calculer l’angle au vent que j’aurai après avoir tourné ! Finalement j’opte pour le spi médium en croisant les doigts pour que ce soit la bonne décision. Une fois que celle-ci est prise il n’y a plus qu’à s’appliquer sur la manœuvre proprement dite ! Ça ne se passe pas trop mal et suis rapidement content du choix du spi médium. J’ai conservé un petit mille d’avance sur le groupe des quatre poursuivants : je les imagine avec un couteau entre les dents, prêts à m’asséner le coup de grâce.

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Quelques empannages plus tard, nous entrons dans la baie de Douarnenez. Je suis toujours devant mais l’écart s’est réduit. Je commence à distinguer dans le jour qui se lève les silhouettes des barreurs à ma poursuite. Le vent mollit franchement en avançant dans la baie, et la ligne d’arrivée est tout au fond…. Il faut s’appliquer à maintenir le spi gonflé, l’écoute dans une main et la barre dans l’autre. J’ai beau me démener ça se rapproche toujours par derrière. Je commence à distinguer la couleur des yeux des copains…. Ça sent mauvais ! Le soleil chauffe mais pas question de lâcher l’écoute pour enlever la polaire qui me fait office de ciré ! J’ai l’impression de revivre un des cauchemars que je faisais petit : je suis dans un couloir, un monstre me court après mais je n’arrive pas à courir! Je sens que je suis dans une mauvaise passe: pourtant la ligne d’arrivée est à portée d’étrave… je sais qu’il faut rester calme , rester calme, rester calme ! Tanguy me double en me passant à quelques mètres, puis Rémi…. Rester calme ! Le vent, ce satané vent est définitivement tombé : mon spi se dégonfle, la ligne est à quelques centaines de mètres…. RESTER CALME !!!! Benoit est parti à ras des falaises et semble avoir encore un peu de vent, Julien est derrière et avec un dernier souffle réussit à se rapprocher… Je craque! Il me faut deux heures pour couper la ligne, les quatre bateaux me sont passés dessus. Des heures d’application pour échouer si près du but…. Un désastre !

Je suis furieux contre moi même, j’ai honte, je suis nul !!!! En regardant derrière mon bateau, je m’aperçois que quelques algues dépassent de la coque…. Et p….. de m…. ! J’avais oublié de vérifier les algues, trop à fond dans mon finish…. Tête de nœud  ! Ça me réconforte un tout petit peu quand même car ces algues expliquent pourquoi je me suis fait doubler par un bateau de plaisance en bois qui croisait par là….

Je mets quelques heures à me calmer et à relativiser. J’ai quand même fait une belle course, une très belle remontée, il faut aussi savoir l’apprécier. Et puis mon bateau est au top : nous n’avons pas eu de vent de travers dans lesquels l’Ofcet est une vraie fusée, et pourtant il n’a pas du tout eu à rougir de ses performances à côté des autres. Finalement c’est positif, et oui je suis content. En revanche il va falloir apprendre à garder la tête froide !

Merci à tous mes partenaires de me permettre de vivre ces moments si excitants ! En espérant avoir retranscrit un peu le voyage intérieur que nous procurent ces moments de course au large !

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