Gijon: la révolte des ministes

Posted by on nov 14, 2013 in Uncategorized | No Comments

5284a8bcc1052.png« Mini Transat » Ian nous raconte comment il l’a vécue jusqu’à présent. Deuxième partie
En effet, pendant que nous avançons vers Gijon, tous les bateaux du « groupe de l’ouest » se rassemblent et commencent à discuter à la VHF. Nous sommes escortés par le bateau accompagnateur qui est en communication avec l’organisation à terre. Nous apprenons que 5 protos ont réussi à rejoindre Sada, qu’ une grosse majorité de la flotte est déjà à Gijon. En gros, la flotte est éclatée, et nous commençons à comprendre que la suite s’annonce compliquée !
En fin d’après midi nous sommes toujours en mer quand on nous annonce qu’ il faut faire demi-tour et repartir contre le vent vers Sada… C’est un peu trop pour nous ! Nous faisons le forcing et contestons ce choix qui nous paraît insensé ! Après deux heures de « rébellion » sur la VHF, l’orga nous autorise finalement à rejoindre Gijon et retrouver les copains déjà arrivés !

L’escale à Gijon commence. La météo est très compliquée. Impossible de repartir. Plusieurs concurrents qui avaient fait demi-tour et pensaient avoir abandonné la course ont finalement l’opportunité d’aller par la route avec les bateaux en remorque jusqu’à Sada où le départ de la première étape sera finalement donné. Les jours passent et le timing commence à être serré. Des briefings ont lieu à Gijon chaque jour, et des scénarios impossibles à tenir nous sont proposés. C’est alors vraiment une sorte de crise qui s’installe, et la menace de l’annulation totale de la Mini Transat plane sur Gijon. Car les délais d’accueil dans le port aux Canaries imposent de se précipiter et d’aller contre la situation météo. Or nous tous, coureurs, refusons de nous retrouver dans des situations périlleuses et « casse bateau ». S’ajoute les problèmes d’équité sportive : les coureurs protos de Gijon ne veulent pas enchaîner le convoyage vers Sada plus le départ d’étape quand 5 protos se reposent depuis 10 jours avec des bateaux fin préparés…

Finalement, une solution émerge qui semble séduire tout le monde : on supprime l’escale aux Canaries, et on fait route directe sur la Guadeloupe. Ceci permet de « rattraper un peu le timing » et de prendre un tout petit peu de temps en plus à Sada…

Bref, nous voilà repartis en convoyage… plus de 100 milles contre le vent. La mer n’est pas meilleure qu’au départ de Douarnenez, et le vent oscille entre 15 et 30 nœuds. Nos petites coques de 6,50m peinent à remonter au vent, et les traces que nous faisons vers l’ouest sont très laborieuses.

Le bateau accompagnateur qui nous escorte pointe le bout de son nez devant le cap Ortegal et essuie des rafales à plus de 40 noeuds… Hors de question d’aller affronter cela et de faire encore subir ce choc à nos bateaux. Finalement, la régate n’a toujours pas débuté, et nous avons l’impression d’abîmer matériel, humeur et enthousiasme… Katrina, une Australienne, essaie de rejoindre le port de Ribadeo pour réparer son vis de mulet. Lors du remorquage de son bateau dans le chenal, une déferlante emporte tout sur son passage. Bilan : le bateau est détruit mais Katrina s’en tire miraculeusement et après un tour à l’hôpital, se retrouve sans bateau, sans Transat…
Pour nous ça continue et petit à petit, l’idée se précise à la radio entre coureurs d’aller se réfugier dans le port de commerce où s’était abrité Jean Pierre Dick lors du dernier Vendée Globe…
Nous n’avons pas de carte de détail, la nuit tombe, et tous sommes bien fatigués. Malgré tout, les minis entrent dans ce port, et y recherchent des coffres pour y passer la nuit. Drôle d’ambiance qui me rappelle les croisières aux Glénans, mais sur de petits bolides de course !

Quand faut-il repartir ? Faut il risquer des accidents pour être à l’heure au départ annoncé de la course ? Les débats vont bon train, et la flotte ne réussit pas à se mettre d’accord. C’est donc par petits convois que depuis trois jours, les minis quittent cet abri et tentent leur chance pour rejoindre le port de Sada. Je fais partie pour ma part du premier « convoi », pour ce qui aura été une navigation douloureuse : vent irrégulier, et mer hachée, dans lesquels nous tirons des bords carrés. Impossible de se tenir autrement qu’allongé, assis ou sur les genoux, nous passons une bonne partie de la nav avec le tourmentin, la voile d’avant conçue pour les tempêtes, et nous essuyons un grain au petit matin dont les rafales approcheront les 50 noeuds! Dur dur quand on est au près. Mon pauvre ami Simon Koster constatera en sortie de grain que son anémomètre et sa girouette ont disparu de la tête de mât. Plus de support qui était vissé dans le mât, plus rien du tout… plus que les fils électriques arrachés qui pendouillent !

Nous arrivons dans la matinée au port de Sada… C’était quoi déjà qu’on était partis faire cet automne ? Une régate dans les alizés ?

A présent, il faut revenir dans la course et oublier un peu ces péripéties. Nous sommes à deux jours du départ pour ce qui sera la plus longue étape jamais faite de l’histoire de la MiniTransat ! Le défi est de taille, d’autant plus que la Cap Finisterre semble avoir l’intention de nous offrir un dernier petit cadeau d’adieu : on s’attend effectivement à des vents de 30 à 40 noeuds dès les premières 24h. Mais cette fois c’est du portant et ça va aller très très vite ! Il s’agit de trouver un dosage subtil entre peu de toile et très peu de toile…. car avec ce vent, cette mer et les bateaux chargés d’eau et de nourriture pour 25 jours, ça peut faire du petit bois…

A suivre donc dès mardi soir.